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Des films récits de vie

« MARTY SUPREME »

Ne vous attendez pas à un film sur le tennis de table. C’est plutôt un film sur un rêve, et sur l’ambition brute qui va avec. Marty Reisman grandit dans le Lower East Side, dans un New York populaire, et veut sortir de sa condition, être vu, être reconnu, devenir “admirable”, quitte à s’abîmer.

Timothée Chalamet est impressionnant, physiquement, techniquement, et surtout dans la manière d’habiter un personnage. Ce qui m’a intéressée, c’est précisément ce mélange d’admiration et de rejet : Marty fascine, mais il agace aussi, parce qu’il enchaîne les mauvais choix, parce que son égoïsme prend trop de place.

Le film a des longueurs, et certaines scènes alourdissent le récit, mais j’ai aimé l’idée de raconter “l’avant”, le moment où tout commence, celui où l’on se fabrique une mission de vie, avec une part de violence sociale en arrière-plan. Et puis il y a un choix musical surprenant, des morceaux des années 80 sur une histoire située dans les années 50, qui crée un décalage parfois déroutant, parfois très efficace.

« WHIPLASH »

Whiplash, jusqu’où aller pour être le meilleur

Andrew a 19 ans. Il rêve de devenir l’un des plus grands batteurs de jazz de sa génération. Il étudie dans un conservatoire prestigieux de Manhattan, où l’excellence est la règle et la compétition permanente. Son objectif est simple : intégrer l’orchestre dirigé par Terence Fletcher, professeur réputé autant pour son talent que pour sa brutalité.

Fletcher n’enseigne pas, il met à l’épreuve. Humiliations publiques, pression psychologique, exigences démesurées : pour lui, seule la souffrance permet d’atteindre le génie. Lorsqu’il repère Andrew, une relation toxique s’installe. Le jeune musicien accepte tout, convaincu que la douleur est le prix à payer pour devenir exceptionnel.

Le film ne parle donc pas seulement de musique. Il parle d’obsession, d’ambition, et du moment où le désir d’excellence devient destructeur. Andrew s’isole, s’épuise, sacrifie ses relations. À mesure que les répétitions s’intensifient, la frontière entre dépassement de soi et maltraitance se brouille.

Damien Chazelle filme cette tension comme un duel. La batterie devient un champ de bataille. Le montage est nerveux, la lumière dramatique, chaque morceau joué ressemble à un combat. On ressort presque essoufflé.

Ce qui m’intéresse dans Whiplash, c’est la question qu’il laisse ouverte : peut-on admirer le résultat si l’on refuse la méthode ? Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour toucher à une forme de beauté ?

Le dernier morceau, intense et magistral, agit comme un verdict ambigu. Chacun y verra soit une victoire, soit une défaite morale.

« ROOFMAN »

Le regard se pose toujours un peu différemment sur les histoires qui se sont réellement passées. Il y a, dans le “vrai”, une tension particulière : celle de savoir que tout cela a existé, que des vies ont basculé hors de la fiction.

Roofman raconte l’histoire de Jeffrey Manchester, ancien soldat devenu braqueur atypique dans les années 1990. Surnommé “the Roofman” pour sa manière d’entrer par les toits des fast-foods, il commet des larcins sans violence, presque ingénieux, qui fascinent autant qu’ils inquiètent.

Mais le film ne s’arrête pas au fait divers. Il s’attache surtout à un parcours. À ce personnage étrange, romantique malgré lui, qui finit par se cacher dans un magasin de jouets, comme dans un décor irréel, et dont la cavale prend un tournant inattendu lorsqu’il tombe amoureux de Leigh, une mère divorcée.

Ce qui frappe, c’est le regard que le film porte sur ses personnages : sans excuser, sans condamner frontalement. Il laisse de la place au trouble, à la complexité. On observe les réactions de la communauté, de la famille, des inconnus. On se demande ce qui, dans une société marquée par les inégalités et le consumérisme, fabrique de tels destins.

Sous des airs de comédie parfois, Roofman raconte aussi une tragédie sociale. Celle d’un homme qui cherche une place, une échappée, une forme de tendresse, au mauvais endroit.

J’ai aimé cette liberté laissée au spectateur : se faire son propre avis, interroger les raisons sans jamais oublier la gravité des actes. C’est un film qui peut se regarder en famille, parce qu’il ouvre des discussions : sur la justice, sur la fascination médiatique, sur ce que nous projetons sur certains récits.

Il y a des histoires vraies qui nous attirent parce qu’elles brouillent les frontières. Entre faute et fragilité, entre romantisme et dérive, elles nous obligent à regarder plus loin que le simple fait divers. A voir sur Amazon Prime.

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