Découvrez votre prochaine lecture

Chat des neiges, ou la légende comme arme du pouvoir

Il était une fois, un royaume de glace et de silence, gouverné par le peuple divin des Chats des neiges.

À la mort d’un roi aimé, respecté, presque mythique, une question se pose : qui portera la couronne après lui ? Le peuple doit choisir parmi ses sept héritiers. Six nobles princes, superbes et assurés… et un chaton, plus jeune, plus fragile en apparence, mais déjà étonnamment populaire.

Ce petit dernier s’appelle Septo. Et parce qu’il dérange, parce qu’il attire naturellement la confiance, ses frères décident de l’écarter.

Ils l’envoient alors seul accomplir une quête impossible : retrouver la couronne magique de l’ancien roi, un objet dont la légende dit qu’il détient de puissants pouvoirs. Septo accepte pourtant. Non par naïveté, mais par fierté, par sens du devoir, par désir sincère de servir son peuple.

C’est ainsi que commence « Chat des neiges », un roman graphique d’une beauté saisissante, qui déploie sur 140 pages une légende ancienne… mais profondément actuelle.

Une aventure, mais surtout un récit sur le pouvoir

J’ai été frappée par la manière dont Dina Norlund utilise les codes du conte et de l’épopée pour parler, en filigrane, de politique et de domination. Car derrière les paysages enneigés, derrière les créatures rencontrées et les épreuves traversées, se dessine une question essentielle : comment gouverne-t-on un peuple ? Et surtout : comment le manipule-t-on ?

Il est question ici de légendes que l’on fabrique pour diviser. De peur que l’on installe pour faire taire. De peuples que l’on fragilise en les dressant les uns contre les autres.

La terreur devient une arme. Et l’histoire nous rappelle, avec une clarté troublante, que les régimes autoritaires prospèrent toujours sur la désunion et le silence.

C’est un récit précieux pour les jeunes lecteurs, parce qu’il leur permet, sans discours, de commencer à déchiffrer les grands mouvements du monde.

Un univers graphique d’une richesse rare

Dina Norlund, autrice norvégienne, venait du concept art et de l’animation numérique. Son trait porte cette influence : on pense parfois à Pixar ou à Dreamworks, mais avec une douceur plus nordique, plus contemplative.

Elle a puisé son inspiration dans les forêts du nord de l’Europe, dans le folklore scandinave, dans cette manière qu’ont les paysages d’être déjà des mythes.

J’aime particulièrement ces romans graphiques écrits d’une seule voix, où texte et dessin avancent ensemble avec évidence. Ici, l’univers graphique ne décore pas : il raconte, il enveloppe, il amplifie.

Une lecture à partager

« Chat des neiges » se lit très bien seul, mais je l’imagine aussi à voix haute, dans un moment suspendu entre parent et enfant. Parce que cette histoire ouvre naturellement la discussion : sur le courage, la peur, la manipulation, la liberté.

Et parce qu’elle laisse une trace.

À la fin de l’ouvrage, quelques pages supplémentaires dévoilent les croquis, les recherches, l’évolution des personnages. Une documentation passionnante pour comprendre la fabrication d’une bande dessinée, et éveiller aussi l’esprit créatif des plus jeunes.

Une œuvre traversée par une lumière fragile

Dina Norlund croyait en la renaissance par la nature.
Tragiquement décédée en février 2023, à seulement 27 ans, elle laisse pourtant derrière elle un monde intact, vivant, offert.

Son esprit demeure dans ses livres, et dans ces forêts qu’elle aimait tant.

« Chat des neiges » est une légende, oui. Mais une légende qui nous parle de notre présent, et de ce qu’il faut protéger : la lucidité, la solidarité, et la liberté de penser.

« Chat des neiges », Dina Norlund, Éditions Albin Michel. À lire à partir de 9 ans.

Suivez-nous

#resonancesmedia