
Watership Down n’est pas une simple histoire de lapins.
Derrière cette couverture saisissante se déploie une épopée sombre, traversée par la violence, la peur et la perte, mais aussi par une profonde réflexion sur la survie, le pouvoir et la construction d’une communauté.
Cette adaptation en roman graphique, scénarisée par James Sturm et dessinée par Joe Sutphin, est publiée chez Monsieur Toussaint Louverture. Elle transpose avec une grande justesse le roman culte de Richard Adams, paru en 1972, qui a marqué des générations de lecteurs à travers le monde.
L’histoire suit le périple d’un groupe de lapins de garenne contraints de fuir la destruction imminente de leur territoire. Guidés par Hazel et alertés par les visions de son frère Fyveer, ils quittent Sandleford pour tenter de rejoindre Watership Down, une terre promise où pourrait s’inventer une autre manière de vivre ensemble.
Au fil de leur voyage, ils traversent différentes formes de sociétés, chacune incarnant une vision du pouvoir, de la sécurité et de la liberté. Derrière ces communautés animales se dessinent des échos très clairs à nos propres organisations humaines, qu’elles soient fondées sur le privilège, la peur, la domination ou l’illusion de la protection.
L’une des grandes forces de Watership Down tient à aborder de sujets forts sans jamais les simplifier. Le récit ne désigne pas de solution idéale. Il montre des systèmes qui rassurent, mais enferment, d’autres qui protègent au prix de la liberté, et interroge sans cesse la responsabilité individuelle et collective.
Le roman est également porté par une langue inventée, propre au peuple des lapins, qui donne au récit une épaisseur singulière. Les mots nomment le monde autrement, traduisent la peur, l’instinct, la solidarité, et rappellent combien le langage participe à la construction d’une culture et d’une communauté.
Dans cette adaptation graphique, le travail de Sturm et Sutphin frappe par sa sincérité. Le dessin précis, la mise en scène maîtrisée et la palette immersive accompagnent le texte sans en atténuer la dureté. La violence n’est jamais gratuite, la poésie jamais décorative. L’ensemble rend ce récit sombre et exigeant plus accessible, sans le lisser ni l’édulcorer.
On traverse la peur, le danger, la perte, le sang versé aussi. Mais toujours subsistent l’espoir, le courage et la solidarité. Le désir d’avancer ne naît pas d’un simple suspense, mais de cette question centrale : comment survivre ensemble, et à quel prix ?
J’ai profondément aimé cette lecture. Pour sa puissance narrative, pour son exigence, et pour ce temps particulier qu’elle impose, un temps où l’on ne maîtrise plus vraiment son rythme, partagé entre l’envie irrépressible de tourner les pages et celle de s’y attarder.
Récompensé par de nombreux prix et sélections, Watership Down s’impose comme un récit intemporel, profondément humain, même lorsqu’il se raconte à hauteur d’animal.
- Prix Comics ACBD 2025
- Prix Comics BDGest’Arts 2025
- Sélection Prix de la BD Fnac France Inter 2026
- Sélection Prix BD Cezam 2026
- Prix Eisner de la meilleure adaptation