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¡ Vamos !

¡ Vamos ! est un roman différent dans la bibliographie d’Olivia Ruiz. On y retrouve pourtant ce qui traverse déjà ses précédents textes : la transmission, les racines, les blessures familiales, ce qui circule d’une génération à l’autre sans toujours se dire.

Lola a construit une vie solide. Une carrière, un couple, un fils, Ennio. Pourtant, elle décide de quitter son travail pour partir avec lui. Non pour fuir, mais pour lui transmettre quelque chose d’essentiel : le goût des autres, des rencontres, des histoires qui façonnent une vie.

Commence alors un voyage qui les mène d’Orlando à Essaouira, de La Havane à Marseillette, village cher à l’autrice, puis jusqu’au Caire et à Madrid. Chaque étape ouvre un souvenir, une faille, une mémoire.

J’ai commencé cette lecture avec une forme d’étonnement. Je ne retrouvais pas immédiatement ce que j’aimais tant dans les précédents romans d’Olivia Ruiz. Puis, peu à peu, les fils se rejoignent. Le roman devient moins un récit de voyage qu’un chemin vers l’autre.

Lola et Ennio passent une partie du livre à se heurter. Les dialogues sont tendus, les reproches nombreux, comme souvent dans les relations où l’on s’aime profondément sans parvenir à se comprendre. Mais au fil des pages, quelque chose s’apaise. Ils apprennent à se regarder autrement.

Ennio, victime de harcèlement scolaire, retrouve progressivement confiance. Lola, elle, remonte le fil de son passé. Les lieux qu’elle traverse lui permettent de retrouver celle qu’elle a été avant de se perdre dans le rythme de la vie adulte. Elle transmet à son fils ses rencontres, ses erreurs, ses combats, tout ce qui l’a construite.

Cette phrase résume à elle seule la douceur du roman :

« Sans toi mon amour, je ne serais pas là, auprès des miens, auprès des nôtres. Merci. Tu as tant de choses à m’apprendre. »

C’est sans doute ce que j’ai le plus aimé dans ¡Vamos ! : cette idée que la transmission ne va jamais dans un seul sens. Le parent guide, mais l’enfant transforme aussi celui qui l’élève.

Le roman parle également des héritages familiaux, des silences, des blessures anciennes qui continuent de peser longtemps après ceux qui les ont provoquées. Les révélations qui émergent au fil du récit permettent peu à peu de desserrer ce qui empêchait chacun d’avancer.

Certaines phrases d’Olivia Ruiz résonnent longtemps après la lecture. J’en ai recopié plusieurs dans mon carnet, comme on garde une pensée importante pour plus tard.

« Si on ne fait pas attention, comme le temps passe vite, à force de reporter on finit par se rater. »

Ou encore :

« Tu sais, quand tu es ému devant un monument, un paysage, un film ou un livre, c’est aussi le souvenir de tes propres chagrins et de tes propres joies qui s’exprime. Ça te touche parce que c’est un écho. »

Entre les pages et la vie

Ce roman m’a rappelé que certaines conversations n’arrivent que lorsqu’on sort du quotidien. Changer de lieu, marcher, voyager, regarder autre chose ensemble permet parfois de faire tomber ce qui bloquait depuis longtemps.

¡Vamos ! parle de liens familiaux, mais surtout de la difficulté à se rencontrer vraiment, même quand on s’aime.

J’ai aussi été touchée par cette volonté de transmettre autrement qu’avec des grandes leçons. Lola transmet par les lieux, les visages, les musiques, les souvenirs. Elle veut laisser à son fils des émotions autant que des réponses.

Et peut-être est-ce cela qui reste après cette lecture : l’idée qu’une vie se construit autant avec ce que l’on reçoit qu’avec ce que l’on choisit de transformer.

La plume d’Olivia Ruiz continue de me toucher par son regard sur les failles humaines et les héritages invisibles. C’est une autrice rare, qui écrit peu, mais dont les romans laissent toujours une trace.

Extrait 

Mon vœu le plus cher : que tu sois heureux souvent, épanoui, et entouré de personnes aimantes qui révéleront le meilleur de toi pour créer ensemble de la joie. Tant de combats mériteront les fabuleux moteurs que seront ta colère, ta tristesse ou ton sentiment d’injustice. Ne les gâche pas en t’énervant contre ce que tu ne peux pas changer. Mets-les au service d’une cause pour laquelle tu as prise. Tu trouveras. Et surtout, ne bride pas tes rêves, laisse-les grandir à leur guise, autorise-les à être ambitieux, démesurés, sans limites. A viser l’impossible, on peut au moins atteindre le merveilleux. »

N’oublie jamais que quand ça ne va pas, il est bon de s’obliger à faire précisément tout ce dont tu n’as pas envie de faire pour aller mieux. Du sport. Voir des amis. Sortir de ta zone de confort. Prendre soin de toi.

Ne sois ni sage ni obéissant, sois juste, tenace et sincère : sois seulement toi.

N’oublie jamais d’être ton meilleur ami, parce que les autres te traiteront avec la même bienveillance que celle que tu t’accordes.

N’oublie jamais que l’autre c’est toi. Considère-le avec respect, d’où qu’il vienne.

N’oublie jamais qu’être ta maman sera toujours le plus beau cadeau que j’ai jamais reçu. 

¡Vamos !, d’Olivia Ruiz, aux Editions JC Lattès.

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